Accord UE/Maroc : Quand l’Europe place ses producteurs sur l’autel des sacrifices
Dessin : Alexandre Ruyer pour JA MAG
Un (mauvais) pas de plus a été franchi le 16 février 2012 quand le Parlement européen a ratifié la libéralisation des échanges entre l’UE et le Maroc pour les produits issus de l’agriculture et de la pêche ! Concrètement, cela va engendrer la levée sans délai de 55 % des droits de douane sur les produits agricoles de l’UE et de 77 % sur ceux du Maroc sur une période de 10 ans dans le respect des normes sanitaires, phytosanitaires et environnementales européennes. Une aubaine pour le secteur agricole exportateur marocain (15 à 20 % du Pib, 12 % des exportations du pays, 38 % de la population active). Une faveur est faite à quelques grands groupes marocains, mais en aucun cas cela aidera les petits agriculteurs. On peut certainement penser que les installations marocaines seront remises en question du fait d’un appauvrissement des ressources naturelles, sans parler des problèmes environnementaux qui y seront liés.
Les conséquences pour la filière fruits et légumes française, et tout particulièrement dans le secteur de la tomate, pourraient être dévastatrices. Mettant à mal la visibilité économique, cet accord remet en cause les installations existantes et futures, sans parler des emplois qui y sont associés. La production européenne et française ne peut entrer en concurrence avec des coûts de main d’œuvre très bas et des droits de douane quasi inexistants. Au vu de cet accord, il faudra être vigilants quant à l’avenir de toutes les filières (vaches allaitantes, fruits…) et à de futurs accords avec d’autres pays tiers.
Les politiques nous parlent de souveraineté alimentaire et de contribution des agricultures européennes à nourrir la planète. Demain, y-aura-t-il encore des agriculteurs en Europe pour ça ? Et pourtant, « JA, Légumes de France et le Copa-Cogeca se sont battus contre cet accord. Des cessations d’activités et des licenciements vont suivre », dénonce Roger Choix, coadministrateur national pour JA du dossier Fruits et légumes.
Alors que le projet de l’UMP nous dit que « l’Europe doit défendre dans les négociations commerciales, qu’elles soient bilatérales ou multilatérales, un principe de réciprocité. Réciprocité dans l’ouverture des marchés. Réciprocité dans les normes, notamment sociales et environnementales, qui sont appliquées », cette même famille politique, à l’heure de voter, ne suit plus ses propres idées. De même, François Hollande, dans son programme de campagne, nous dit vouloir défendre l’agriculture française. Pourtant les eurodéputés PS ont voté en faveur de cet accord. Il s’agit là plutôt d’un sacrifice que d’une quelconque protection.
Autrement paradoxale, comment expliquer que les eurodéputés français, du PPE et du S&D, qui avaient conjointement dénoncé ces accords en Comagri, ont voté en majorité en faveur de la libéralisation des échanges, ou au mieux se sont abstenus en plénière. Il y a là un paradoxe difficilement acceptable. Messieurs, vous devez respecter au niveau européen vos engagements pris en France !
En conclusion, cet accord ne va pas dans le sens d'une agriculture durable, ni pour l'Europe, ni pour le Maroc, puisqu'il bafoue ses 3 piliers. C’est là le choix d'une économie minière à court terme.
"Il y a de moins en moins de vergers en France..."
Un article d'Aujourd'hui en France qui souligne la diminution du nombre de vergers (étude Agreste Primeur 2010) a attiré notre attention ce matin. On compte ainsi près d'un cinquième de pertes de surfaces cultivées en fruits en dix ans, et une disparition de bon nombre de petites exploitations...Les pêches, poires et les pommes seraient les productions les plus touchées par ce phénomène.
Pommier en fleurs (source JA MAG).
La superficie des pommiers en France est passée de de 56 132 ha en 2000 à 44 524 ha en 2010
Les JA s'apprêtent justement à communiquer sur la saisonnalité des fruits et légumes Français à travers les portraits de trois jeunes producteurs. Parmi eux, David Ailhaud, produit ainsi de délicieuses Golden labellisées "pommes des Alpes " (il cultive sur 15 hectares divers types de pommes et des poires à Curbans dans les Alpes de Haute Provence). Actuellement, il cherche constamment à améliorer le modèle d'exploitation et de valorisation des produits : "La clientèle évolue, la consommation, le conditionnement. Il faut plus que jamais s'adapter et prévoir !"
Consommons, achetons, valorisons les fruits et légumes Français !
Les JA producteurs de fruits et légumes venus de toute la France étaient nombreux ce matin sous le soleil d'automne parisien, avec en tête de cortège Aurélie Pascale, présidente des JA Pyrénnées Orientales, et productrice de tomates, pêches et nectarines près de Perpignan et Roger Choix, producteru de pomelos corses et responsable du dossier à JA nat'... Dans leur communiqué de presse, CPFLJASept2011, les Jeunes Agriculteurs ont appelé les pouvoirs publics mais aussi les consommateurs et les entreprises à soutenir tous, à leur façon, la production française !
Intégrés aux délégations, les représentants des JA ont été reçus à Matignon par une Conseillère technique, avant de se diriger vers les bureaux parisiens de la Commission Européenne , du Ministère de l'Agriculture puis de l'Assemblée nationale. Leurs doléances ont été écoutées...Seront-elles entendues ? Le groupe "Fruits et légumes " de JA se réunira le 12 octobre pour en reparler...
Photos JA MAG
Crise des fruits et légumes...tout le monde doit agir !
Les JA et leur marché en juin 2011 à Nature capitale Lyon...succès garanti !
...et c'est pourquoi nous irons demain manifester à Paris pour redire que chaque acteur de la filière doit jouer son rôle et que les consommateurs doivent aussi être sensibilisés sur l'importance de manger local, au juste prix et Français !
Nous préparons par ailleurs activement notre prochain grand RDV avec les consommateurs et les citoyens le 8 novembre prochain lors d'un "(super)marché solidaire" à Paris...







