...Ou deux Jeunes Agriculteurs en « tournée laitière » aux Pays-Bas !

gouda

 

L’optimisme et le volontarisme sont bien les deux mamelles de la Hollande ! Du 25 au 27 janvier 2012, Jérémie Bolon et Jérôme Chapon, deux administrateurs nationaux des Jeunes Agriculteurs (éleveurs laitiers dans l'Ain et la Manche) ont rencontré des acteurs de la filière laitière aux Pays-Bas pour échanger sur l’avenir de la production après 2015. Au programme :  comment  continuer à produire du lait demain ? Quelles relations avec les entreprises ? Comment confronter nos différentes visions et identifier des points de convergences. Je leur laisse la parole dans ce blog...

« A Friesland Campina (Principal coopérative hollandaises avec près de 9 milliards de litres de lait collecté dans le Pays - ndlr), personne ne peut siéger à de hautes responsabilités plus de 10 ans, un renouvellement est obligatoire », c’est par ces mots qu’un membre du bureau « jeune » de Friesland Campina nous révèle le long chemin qu’il reste à parcourir en France pour moderniser nos coopératives. Grâce à ce système qui permet un réel turn-over, un maximum d’adhérents peut accéder à des responsabilités et acquérir une formation poussée pour participer à la construction de la stratégie globale de la coopérative. Et une stratégie, Friesland Campina en a une : mettre le paquet sur l’innovation, le marketing pour développer leur marché à l’export. Une stratégie très « hollandaise » bien sûr mais qui a le mérite d’avoir la confiance de ses producteurs-adhérents. En effet, Friesland Campina est divisée en deux « entités » : le « maillon » transformation détenu à 100 % par la coopérative mais avec un statut presque privé et la coopérative en elle-même avec son conseil d’administration et un bureau. Bureau qui contrôle et valide les directions prise par le bureau exécutif en charge des décisions stratégiques. Résultat : confiance et efficacité.

 Young is beautiful

 Et les jeunes dans tout ça ? Deux fois par an, la coopérative partage avec son assemblée de jeunes producteurs sa stratégie, son projet. En plus de ça, des réunions de district ont lieu (l’équivalent de nos assemblées de sections). A noter qu’un « conseil jeunes » et qu’un « bureau jeunes » sont en place et sont consultés régulièrement ! De quoi nous donner quelques idées...

La fin des quotas ne fait pas peur aux producteurs hollandais, pour eux, il est d’ailleurs temps de s’en débarrasser : ils se préparent à la libéralisation du marché en ayant conscience que la France ou l’Allemagne seront des concurrents « redoutables ». Ce n’est pas pour autant qu’ils souhaitent une libéralisation à tout va de la filière : observatoire des volumes et des marché e, organisation interprofessionnelle européenne ne sont pas des « gros mots » pour eux ! 

 Gouvernance is beautiful

 Malgré leurs airs de libéraux décomplexés, les jeunes producteurs de Hollande ont bien conscience qu’en France, nous n’avons pas à faire face aux mêmes enjeux notamment en termes de maintien d’activités économiques sur des territoires et de préservation de diversité des produits et des systèmes. Si eux n’appréhendent pas la convergence des aides PAC qui aura pour conséquence chez certains une baisse du DPU de 1200 euros l’ha à 250 euros l’hectare, ils comprennent l’importance que peuvent avoir 50 ou 100 euros de plus à l’ha pour assurer l’avenir d’une exploitation de montagne.

 Le modèle hollandais n’est pas applicable en France, il n’en n’est d’ailleurs pas question : nous n’avons pas une coopérative dominante comme Friesland Campina et le tissu important d’entreprises privés, grandes ou petites que nous devons préserver serait un « frein ».

 La question à se poser n’est donc pas « comment  faire comme eux ? » ni « comment « rivaliser » avec eux ? », mais bien « comment s’inspirer de certaines de leurs pratiques, notamment sur les aspects de gouvernance des coopératives, pour partager des stratégies collectives sur nos territoires ? » Avant de vouloir à tout prix se lancer dans une course effrénée sur les marchés internationaux : mettons nous tous autour d’une table, identifions nos débouchés, évaluons notre offre, recensons nos outils et  identifions les investissements collectifs nécessaires à réaliser dans nos bassins de production pour répondre à ces débouchés. Ce n’est que de cette manière que le futur doit être envisagé, pas autrement et pas de façon dispersée. 

 J.B et J.C, assez bluffés par le pays du Gouda... »