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La journaliste de Libération Laure Noualhat a écrit sur son blog  « Le troisième épisode (diff mercredi 11 mai) concerne la formation des jeunes agriculteurs. Direction le lycée agricole de La Saussaye où j'ai passé un après-midi avec des jeunes d'environ 15 ans. Là-bas, on les forme à des techniques culturales conventionnelles, mais aussi à l'usage de certains outils spécifiques à l'agriculture biologique. Le désherbage mécanique, par exemple, permet de retirer les adventices (mauvaises herbes) sans recours aux produits chimiques. Mais à l'issue de leur cours, les élèves m'ont scotchée: la bio, ils n'y croient guère. Incertaine, mal aimée, chère, compliquée, laborieuse, ..., c'est dur de changer les habitudes. »

Ne soyez pas surpris mais son constat m’inspire et me donne au contraire de l’espoir...D’abord, parce que les journalistes prennent encore le temps de faire des enquêtes et d’aller sur le terrain à la rencontre des futurs jeunes agriculteurs. Ensuite, parce que la prudence de ces derniers vis-à-vis du bio me semble plus être une preuve de sagesse.

 

En effet les réactions de ces jeunes du lycée de La Saussaye me semblent pleines de bon sens. En 2011, osons le dire une bonne fois pour toute, l’agriculture biologique est effectivement :

 

·          « incertaine ». Laisser plus de place au vivant suppose des variabilités plus fortes quant à l’environnement dans lequel se développent les cultures. Cela suppose de repenser le risque et les stratégies pour diminuer et faire face aux risques. L’aversion au risque fait partie du bon sens paysan.

·          « mal aimée » parce que le bio interroge tout un historique de pratiques qui reposaient sur d’autres logiques, qui d’ailleurs n’appartiennent pas qu’aux paysans. C’est tout l’amont et l’aval qui sont interpelés.

·         « chère ». C’est effectivement une agriculture qui augmente les coûts de production par unité produite notamment en lien avec une quantité de travail plus importante.

·          « compliquée » en ce sens qu’elle replace l’écosystème et son fonctionnement au cœur des moyens de production de l’agriculteur. Les pratiques ne deviennent plus systématique. Elle est donc plus « laborieuse » (du latin labor = travail).

 

Loin d’être naïfs ou ultra-sceptiques, ces jeunes sont donc clairvoyants sur les changements qu’amène l’agriculture biologique. Ils interrogent à la fois la journaliste, l’Etat et les citoyens sur leur acceptation de ces changements et le cas échéant des moyens à mettre en face pour les assumer.

 

Enfin, si la bio est un système de production cohérent qui de mon point de vue doit être développé, au moins dans un premier temps en lien avec le marché français du bio, il ne faut pas que ce mode de production occulte l’ensemble des évolutions des pratiques agricoles. Et c’est ça l’intérêt de la bio : interpeller l’ensemble du systèmes agricole et alimentaire avec de bonnes questions (la place des légumineuses,les associations de cultures, la consommation de gazole par hectare ou encore la couverture des sols)

 

Infléchir le développement de l’agriculture de France vers une meilleurs prise en compte des enjeux sociaux, environnementaux et économiques est un enjeu qui ne se limite pas à une discussion « agriculture bio » versus « agriculture conventionnelle ».